La performance EGX 30 2025 a surpris jusqu’aux investisseurs aguerris : l’indice phare de la Bourse du Caire a terminé 2025 à 41 828,97 points, soit une hausse d’environ 40 % sur l’année, avant d’atteindre 47 195,39 points le 11 mars 2026. Au 1er avril 2026, selon la base Afrivestia, l’EGX 30 cote 46 731,5 points, en progression quotidienne de 3,11 %. Pour un marché longtemps perçu comme instable, un tel mouvement n’est pas anodin : il place l’Égypte parmi les places africaines les plus dynamiques du moment. Ce rebond mérite pourtant d’être décortiqué avec méthode. Une hausse de 52 % sur 1 an ne signifie pas automatiquement que toutes les actions égyptiennes 2026 sont devenues attractives, ni que le risque a disparu. En Bourse, un indice peut monter grâce à 4 moteurs distincts : l’amélioration des bénéfices, la hausse des multiples de valorisation, la détente des taux d’intérêt et l’afflux de capitaux. Dans le cas égyptien, les 4 facteurs ont joué, mais à des degrés différents. Concrètement, pour votre portefeuille, cela signifie une chose simple : l’EGX 30 n’est plus seulement un marché de rattrapage spéculatif. Avec un ratio cours/bénéfice prévisionnel d’environ 8,8 fois, un rendement attendu de 3,3 % à 4,8 % et une croissance du PIB réel de 4,4 % en 2024-2025, la Bourse du Caire redevient un marché que l’on peut analyser avec les outils classiques de l’investisseur de long terme.
Contexte : taille du marché, structure de l’EGX et retour de l’intérêt des investisseurs
La Bourse égyptienne
La Bourse égyptienne reste un marché plus étroit que Johannesburg ou Casablanca, mais elle pèse davantage qu’on ne l’imagine dans l’univers africain. D’après la base Afrivestia, l’EGX compte 47 actions actives suivies actuellement, réparties dans au moins 8 grands secteurs, dont le placement immobilier (5 valeurs), les sociétés de portefeuilles (5), l’agroalimentaire (4), les services divers (4) et les banques (4). Cette diversité sectorielle est importante : elle réduit la dépendance à un seul compartiment, contrairement à certaines places africaines dominées par 2 ou 3 capitalisations. L’EGX 30 est l’indice vedette. Il concentre les grandes capitalisations et les titres les plus liquides. Historiquement, il joue en Égypte un rôle comparable à celui du MASI 20 au Maroc ou du JSE Top 40 en Afrique du Sud : il sert de baromètre pour les investisseurs institutionnels. En 2025, l’indice est passé d’une zone proche de 30 000-32 000 points en début d’année à 41 828,97 points au 31 décembre 2025, avant de franchir brièvement les 47 000 points en mars 2026. Ce retour en grâce intervient après plusieurs années marquées par une inflation très élevée, des tensions sur la devise et des réformes macroéconomiques douloureuses. Le point clé est le suivant : les marchés financiers anticipent toujours avant l’économie réelle. Lorsque l’inflation ralentit de près de 28 % en 2024 vers environ 14 % en 2025, puis 10,5 % attendus en 2026, les investisseurs commencent à actualiser un environnement plus lisible. C’est précisément ce qui s’est produit au Caire. Par rapport aux autres places africaines, l’Égypte présente un profil particulier. La Bourse de Casablanca offre souvent plus de stabilité, avec des multiples plus élevés ; Johannesburg apporte une profondeur supérieure, mais avec une forte exposition mondiale ; Nairobi et Lagos peuvent offrir des phases de hausse rapides, mais avec davantage de volatilité politique ou monétaire. L’Égypte, elle, combine aujourd’hui valorisations basses, croissance nominale forte et normalisation monétaire. C’est un cocktail puissant, mais pas sans risque.
Le premier moteur du rebond : la désinflation et la baisse des taux
Le facteur le plus déterminant dans la bourse
Le facteur le plus déterminant dans la bourse du Caire rendement 2025-2026 est sans doute la désinflation. L’inflation moyenne attendue en Égypte est d’environ 14 % en 2025, puis 10,5 % en 2026. Cela reste élevé au regard des standards internationaux : la zone euro évolue plutôt autour de 2 % à 3 %, et même plusieurs marchés émergents se situent sous les 6 %. Mais pour l’Égypte, le changement est majeur, car il marque une rupture avec les pics observés en 2023-2024. Pourquoi la désinflation soutient-elle la Bourse ? Parce qu’elle agit sur 3 canaux. D’abord, elle améliore la visibilité sur les coûts des entreprises. Ensuite, elle permet à la banque centrale de réduire ses taux. Enfin, elle rend les bénéfices futurs plus « lisibles », ce qui justifie souvent un relèvement des multiples de valorisation. En Égypte, la banque centrale a commencé à assouplir sa politique à partir d’avril 2025, avec des baisses cumulées d’environ 6,25 %. Il faut toutefois nuancer. Les rendements des bons du Trésor et obligations en EGP restent très élevés, autour de 26 % à 27 % en mars 2026. À première vue, cela pourrait détourner les investisseurs des actions. Mais le marché raisonne en rendement réel, c’est-à-dire après inflation. Si l’inflation retombe vers 10,5 % et que les taux nominaux restent dans la zone des 26 %, le portage réel demeure positif, de l’ordre de 3 % selon certaines estimations. Cela crée un environnement où les actions peuvent monter sans que les placements monétaires deviennent totalement dissuasifs. Concrètement, pour votre portefeuille, cela signifie que le rebond de l’EGX 30 n’est pas seulement technique. Il repose sur une amélioration du cadre monétaire. C’est plus solide qu’un simple accès spéculatif, mais cela implique aussi de surveiller chaque décision de taux : une baisse plus lente que prévu de 200 à 300 points de base pourrait freiner la poursuite de la hausse.
Deuxième moteur : une valorisation encore modérée malgré la hausse de 2025
Après une progression de 40 % en 2025
Après une progression de 40 % en 2025 et de 52 % sur 1 an au 11 mars 2026, beaucoup d’investisseurs supposent que le marché égyptien est devenu cher. Les chiffres disent l’inverse, ou du moins racontent une histoire plus nuancée. Le ratio cours/bénéfice prévisionnel du marché égyptien ressort autour de 8,8 fois, tandis que le multiple absolu de l’ensemble des sociétés est proche de 11,9 fois. Pour un débutant, rappelons ce qu’est le ratio cours/bénéfice. Si une action vaut 88 EGP et que le bénéfice net par action attendu est de 10 EGP, le ratio cours/bénéfice est de 8,8 fois. Plus ce ratio est bas, plus le marché paraît bon marché, toutes choses égales par ailleurs. Attention toutefois : un faible multiple peut aussi refléter un risque élevé. En Égypte, les 8,8 fois traduisent à la fois une décote et une prime de risque. La comparaison internationale est éclairante. De nombreux marchés émergents se négocient entre 12 fois et 15 fois les bénéfices attendus. Certaines places du Golfe dépassent régulièrement 15 fois, tandis que des marchés développés comme les États-Unis peuvent évoluer au-delà de 18 fois ou 20 fois selon les périodes. À 8,8 fois, l’EGX reste donc peu exigeant. Même après son rallye, il ne donne pas l’impression d’une euphorie comparable à celle observée sur certains segments technologiques mondiaux. Le rendement attendu renforce cette lecture. Les estimations disponibles situent le rendement prévisionnel de l’EGX 30 entre 3,3 % et 4,8 %. Là encore, il faut expliquer le concept : le rendement correspond au dividende annuel rapporté au cours de l’action. Une action versant 4 EGP de dividende pour un cours de 100 EGP offre un rendement de 4 %. Dans un marché où les taux restent élevés, un rendement de 3 % à 5 % n’est pas exceptionnel, mais il constitue un coussin appréciable. Concrètement, pour votre portefeuille, cela signifie que les actions égyptiennes 2026 ne sont pas nécessairement à éviter après la hausse. En revanche, la sélection devient essentielle. Quand un indice monte de 40 %, les écarts entre valeurs de qualité et titres purement spéculatifs se creusent. Il faut donc privilégier les sociétés capables de transformer la stabilisation macroéconomique en bénéfice net durable.
Troisième moteur : bénéfices, dividendes et leadership des grandes capitalisations
Un marché ne monte pas durablement sans progression
Un marché ne monte pas durablement sans progression des résultats. En Égypte, l’amélioration des bénéfices a concerné plusieurs secteurs clés en 2025 : les banques, certaines activités industrielles, l’extraction, la santé et des segments liés à la consommation. Les introductions ou cessions d’actifs publics ont également soutenu l’intérêt des investisseurs, en donnant de la profondeur au marché et en améliorant la perception de la réforme économique. Les banques occupent une place centrale dans ce mouvement. Elles bénéficient souvent d’un environnement de taux élevés, à condition que le coût du risque reste maîtrisé. Parmi les valeurs suivies par Afrivestia, Commercial International Bank Egypt (CIB) cote 124,79 EGP au 1er avril 2026, en hausse de 3,13 % sur la séance, tandis que Credit Agricole Egypt s’établit à 24,65 EGP, en progression de 2,71 %. Ces chiffres ne disent pas tout, mais ils illustrent le retour des flux vers les financières. Le compartiment défensif n’est pas en reste. Egyptian International Pharmaceutical Industries cote 78,74 EGP, en hausse de 1,26 %, tandis que Cleopatra Hospitals Group atteint 12,11 EGP, en progression de 0,25 %. Dans un pays de plus de 100 millions d’habitants, les secteurs de la santé et de la consommation de base offrent souvent une meilleure résilience que les segments cycliques. C’est un point important pour l’investisseur prudent. L’agroalimentaire illustre également cette logique. Juhayna Food Industries cote 25,4 EGP au 1er avril 2026, avec une hausse de 4,66 % sur la journée. Une telle variation quotidienne rappelle que l’EGX reste volatil, mais elle souligne aussi l’intérêt des investisseurs pour les valeurs capables de répercuter partiellement l’inflation dans leurs prix de vente. Dans un environnement où les coûts ont beaucoup fluctué, ce pouvoir de fixation des prix est déterminant. Il faut enfin rappeler que la hausse n’a pas été uniforme. En 2025, l’EGX70 a progressé d’environ 60 % et l’EGX100 de 55 %, contre 40 % pour l’EGX 30. Cela signifie que les petites et moyennes capitalisations ont surperformé sur l’ensemble de l’année. Mais début 2026, l’EGX 30 a repris l’avantage. C’est un schéma classique : dans la première phase d’un rebond, les investisseurs achètent souvent les dossiers les plus décotés ; dans la seconde, ils reviennent vers les grandes capitalisations plus liquides.
Quatrième moteur : devise, réserves et retour de crédibilité macroéconomique
Le sujet le plus sensible pour un investisseur
Le sujet le plus sensible pour un investisseur étranger reste le change. Le taux de change se situe autour de 48,2 EGP pour 1 USD en mars 2026. Même si la devise s’est stabilisée par rapport aux épisodes de tension antérieurs, le risque de change demeure central. Une action peut gagner 20 % en monnaie locale et perdre de son attrait si la devise se déprécie de 15 % sur la même période. C’est pourquoi il faut distinguer la performance en EGP de la performance en devise forte. La hausse de 52 % sur 1 an de l’EGX 30 est impressionnante en monnaie locale. En dollars, le résultat dépend de l’évolution du taux de change sur la même période. Si la livre égyptienne reste stable ou ne se déprécie que marginalement, une partie importante de la performance est préservée. Si elle rechute brutalement, le rendement réel pour un investisseur international peut être amputé. La bonne nouvelle est que plusieurs indicateurs ont amélioré la crédibilité macroéconomique du pays. Les réserves de change ont approché 50 milliards de dollars fin 2025, et le Fonds monétaire international a approuvé un décaissement de 2,3 milliards de dollars en février 2026. Ces montants ne garantissent pas l’absence de tension future, mais ils réduisent le risque d’un scénario de rupture immédiate. Le marché a également apprécié la cohérence des réformes : flottement de la devise, ajustements budgétaires, réforme des subventions, puis assouplissement monétaire progressif. En Bourse, la crédibilité compte presque autant que les chiffres eux-mêmes. Un pays qui montre qu’il peut absorber une inflation de 14 %, maintenir une croissance de 4,4 % et stabiliser sa devise autour de 48 EGP pour 1 USD devient plus investissable qu’un pays affichant de meilleurs ratios sur le papier mais sans cap économique clair. Concrètement, pour votre portefeuille, cela signifie qu’une exposition à l’Égypte doit toujours être pensée en double lecture : thèse actions et thèse devise. Si vous n’êtes pas à l’aise avec ce risque, il vaut mieux limiter le poids du marché égyptien à une poche de diversification de 3 % à 7 % d’un portefeuille panafricain, plutôt que d’en faire une position dominante.
Que disent les données de marché Afrivestia sur le profil de risque actuel ? Les données techniques disponibles confirment que le marché reste nerveux. Parmi les valeurs suivies, Alexandria Container&Cargo Handling Company affiche un score technique de 0,625, un RSI de 62,55 et une volatilité de 65,81 %, avec un niveau de risque jugé élevé. Un RSI supérieur à 60 indique généralement un momentum positif, mais pas encore une situation d’excès extrême, souvent située au-delà de 70. D’autres titres montrent des profils plus équilibrés. PHAR présente un RSI de 46,61, une volatilité de 25,72 % et un risque moyen. À l’inverse, RAYA affiche une volatilité de 60,23 %, et ABUK de 73,02 %, ce qui rappelle qu’en Égypte, même les dossiers suivis peuvent connaître des amplitudes de cours très supérieures à celles observées sur des marchés plus matures. À titre de comparaison, une volatilité annualisée de 20 % est déjà considérée comme soutenue sur de nombreuses grandes capitalisations européennes. L’indice lui-même a montré cette nervosité fin mars 2026. Selon Afrivestia, l’EGX 30 est passé de 47 001,9 points le 26 mars à 46 404,3 points le 29 mars, puis 45 189,9 points le 30 mars, avant de rebondir à 45 321,6 points le 31 mars et 46 731,5 points le 1er avril. En 4 séances, l’amplitude entre le point bas et le point haut atteint plus de 1 500 points. Cela illustre un marché haussier, mais loin d’être linéaire. Pour un investisseur débutant, la leçon est simple : une hausse annuelle de 40 % ne signifie pas une progression régulière de 3 % par mois. En pratique, l’EGX peut alterner des corrections de 2 % à 5 % en quelques séances et des rebonds tout aussi rapides. Il faut donc éviter d’entrer en une seule fois sur un point haut local.
Enseignements pratiques : comment aborder les actions égyptiennes en 2026 ? Premier enseignement : l’Égypte n’est plus un simple pari de crise. Avec un PIB réel en hausse de 4,4 %, une croissance attendue de 4,8 % en 2025-2026, un ratio cours/bénéfice de 8,8 fois et un rendement de 3,3 % à 4,8 %, le marché redevient lisible. Cela justifie une place dans une allocation panafricaine diversifiée. Deuxième enseignement : il faut privilégier les grandes capitalisations et les secteurs capables d’absorber l’inflation. Les banques, la santé, certaines valeurs industrielles exportatrices et les sociétés de consommation bien gérées paraissent mieux armées que les dossiers purement spéculatifs. Une approche par paliers, en 3 ou 4 achats étalés sur 6 à 12 mois, est souvent plus prudente qu’un investissement immédiat en une seule fois. Troisième enseignement : comparez toujours le rendement des actions au rendement sans risque local. Quand les titres publics rapportent 26 % à 27 % en nominal, les actions doivent offrir soit une croissance du bénéfice net nettement supérieure, soit une décote marquée. C’est pourquoi les valeurs les plus chères du marché doivent être examinées avec une rigueur particulière. Quatrième enseignement : ne regardez jamais uniquement la performance en monnaie locale. Pour un investisseur basé en zone euro ou en Afrique francophone, la vraie question est la performance après variation de l’EGP. Une belle hausse boursière peut être partiellement effacée par une dépréciation de la devise de 10 % à 20 %.
Facteurs de risque : ce qu’il ne faut surtout pas minimiser
Le premier risque est clairement le risque de
Le premier risque est clairement le risque de change. C’est le risque numéro 1, et il ne doit jamais être minimisé. Même avec des réserves proches de 50 milliards de dollars et un soutien du FMI de 2,3 milliards de dollars, la livre égyptienne reste sensible aux flux de capitaux, au coût des importations et aux chocs extérieurs. Pour un investisseur non résident, c’est souvent le facteur qui décide du rendement final. Le deuxième risque est celui d’une désinflation moins rapide que prévu. Si l’inflation restait au-dessus de 14 % au lieu de converger vers 10,5 % en 2026, la banque centrale pourrait ralentir ses baisses de taux. Le marché, qui anticipe jusqu’à 600 points de base d’assouplissement en 2026 selon certaines projections, serait alors déçu. Le troisième risque concerne la dette, le financement externe et la sensibilité aux matières premières. Une remontée du pétrole, des tensions régionales ou une hausse du coût du transport maritime peuvent rapidement dégrader les équilibres extérieurs. Dans un pays importateur, quelques points de hausse sur les prix énergétiques peuvent se transmettre à l’inflation en 3 à 6 mois. Le quatrième risque est microéconomique : toutes les sociétés ne profiteront pas de la reprise. Certaines entreprises ont vu leur cours doubler plus vite que leurs bénéfices. Dans un marché où la volatilité de plusieurs titres dépasse 40 % ou 60 %, la discipline de sélection reste indispensable.
Chiffres clés à retenir
46 731,5 points : niveau de l’EGX 30 au 1er avril 2026 selon Afrivestia
41 828,97 points : clôture de l’EGX 30 au 31 décembre 2025
+40 % : performance approximative de l’EGX 30 sur l’ensemble de 2025
+52 % : performance sur 1 an de l’EGX 30 au 11 mars 2026
8,8 fois : ratio cours/bénéfice prévisionnel du marché égyptien en mars 2026
3,3 % à 4,8 % : rendement prévisionnel estimé des actions de l’EGX 30
48,2 EGP pour 1 USD : taux de change observé autour de mars 2026
26 % à 27 % : rendement nominal des titres publics en EGP au printemps 2026
En définitive, la performance EGX 30 2025 s’explique par une combinaison rare de désinflation, baisse des taux, stabilisation de la devise, amélioration des bénéfices et valorisations encore modérées. La Bourse du Caire n’est pas devenue un marché sans risque ; elle est redevenue un marché analysable. Pour un investisseur patient, c’est déjà beaucoup.